Monique Jacot - Presse
Les impressions de deux artistes contrastés.
Pour inaugurer la rentrée, la galerie ESF invite deux artistes qui ont peu de chose en commun, si ce n’est le talent. Photographe, Monique Jacot a un goût prononcé pour le détournement et les expérimentations. Imprimées sur papier à dessin, jouant avec les superpositions, les photographies décalées de l’artiste née à Neuchâtel semblent insensibles au temps qui passe, entre scène d’attente muette ou image faussement vieillie d’un bouquet de fleurs. Quelques œuvres rappellent un cinéma en noir et blanc façon Cocteau, comme cette image de bris de miroir, hautement symbolique, comme l’est d’ailleurs toute son œuvre, entre signes égyptiens et peintures rupestres photographiés lors de ses voyages, puis I retravaillés, altérés par virage, et finalement transférés sur papier. De son côté, Jean Nazelle produit une œuvre gravée tout en contraste, entre sévérité architecturale et épanchements graphiques florissants. Procédant par séries, il confronte les différences d’impression et ses déclinaisons de gris. Amateur de noirs profonds, et d’un dessin délicat, le Lausannois nous offre entre autres une très belle suite murale sur la thématique du végétal. Enfin, en artiste caméléon, il présente des dessins libres et colorés pour autant de moments de bonheur.
Isabelle Vuong
24 Heures, 13.09.2007
Made in Egypt 4 Women 4 Views
Monique Jacot - Passages
Monique Jacot témoigne de sa fascination pour les éléments construits du paysage égyptien, s'éloignant radicalement des clichés touristiques. Les ouvrages de béton et de métal qui jalonnent les photographies semblent étrangement familiers aux Européens. Certaines structures - rouillées, délabrées, vouées à l'oubli - font figure de symboles de l'ère post-industrielle, qui contrastent avec la vie simple des quelques riverains présents dans les images. Le fil conducteur de ces photographies est l'eau, dont les variations de niveau rythment le quotidien. (.)
En Egypte, la photographe a privilégié le travail de longue haleine, comme dans la majorité de ses reportages, consacrés depuis 1984 à la condition des femmes en Suisse. Résidente en 2000 à Shabramant, dans la campagne voisine du Caire, elle parcourt pendant cinq mois le pays pour s'en imprégner. Dans un premier temps, elle explore une démarche radicalement esthétique consistant à transférer des images couleur prises au Polaroid sur du papier à dessin. Cette série de transferts Polaroid, intitulée " Reliefs ", a pour thème le prestigieux passé artistique de l'Egypte - incontournable - rencontré à Assouan, à Louxor, à Karnak et dans le temple d'Isis à Behbeit el Hagar, dans le delta. (.)
Dans la série de photographies en noir et blanc réalisées ensuite, le personnage du passeur, qui permet aux riverains de franchir les canaux, devient la métaphore du partage et de la connaissance. Traversée des différentes strates déposées par le temps mais aussi traversée existentielle, il s'agit pour Monique Jacot de s'imprégner de ce qui est différent de soi, de se mêler à l'autre et de découvrir l'ailleurs avec une conscience vive des étapes menant de la vie à la mort. (.)
Avec les images de " Passages ", Monique Jacot opère la synthèse de deux types de démarche : le reportage par son rapport à une réalité sociale, le quotidien des riverains égyptiens, et la visée artistique par une approche formelle qui suscite la rêverie. A la représentation d'un pays qui allie agriculture traditionnelle ancestrale, fabrication industrielle et économie moderne s'ajoute un paysage intérieur de l'Egypte.
Nassim Daghighian
Historienne de la photographie
Conservatrice associée au Musée de l'Elysée, Lausanne
Monique Jacot n'a pas à rougir de son bilan photographique. Cinquante ans après ses débuts, cette Neuchàteloise des vignobles d'Epesses est toujours active, en quête de nouvelles images. La rétrospective que lui consacre la Fondation suisse de la photographie dévoile l'ensemble de son parcours et de son oeuvre. Il y a ses reportages classiques sur les années 50 et 60, ses Polaroids, sa série sur la condition des femmes en Suisse et ses traveaux plus poétiques, loin du photojournalisme. Un océan sépare ses premières photographies des Transferts de ces dernières années.
La Liberté, 2.7.2005
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