Portrait du peintre en porteur de lumière

Deuxième exposition en « Aparté » de l'air du temps (et à la galerie du même nom) pour Philippe Fretz, le jeune Vaudois de Marseille.

Devant l'enfilade en perspective d'une rue à l'italienne, un jeune homme en bonnet Renaissance tient devant lui une lampe en verre allumée.  Philippe Fretz l'a intitulé Le Peintre et lui a assigné le rôle du porteur de lumière.  Peut-être bien même qu'il lui a donné ses traits.  Mais voilà, détail incongru dans cette mise en scène à l'ancienne, que l'on s'avise que la chaise à côté de lui est en pliant de camping et que ses pantalons sont d'aujourd'hui.

Depuis toujours (drôle d'expression pour un artiste de 27 ans!), Philippe Fretz nourrit une passion fervente pour l'art du passé.  Ses études a l'Ecole d'arts visuels de Genève n'y ont rien changé, et sa rencontre avec Balthus qui, lui aussi, a choisi dès ses 20 ans de tourner le dos à la modernité de son temps, l'a encouragé dans cette voie singulière qui conjugue son amour pour les primitifs siennois avec celui qui l'attache à Cranach et aux maîtres nordiques. Les emprunts qu’il leur fait sont parfois quasi littéraux mais hybridés avec humour et sensibilité dans de très étranges collages de citations, d'influences et de pastiches travaillés de manière faussement naïve et faussement traditionnelle.

Trilogie allégorique

Depuis ses premiers grands portraits déjà très marqués au sceau de ce passé qui l'habite, Philippe Fretz a pénétré encore plus avant dans les arcanes croisés de ses inspirations anciennes, rendant ses compositions de plus en plus allégoriques et complexes.  Réalisés dans son atelier de Marseille où il a élu domicile, ses travaux récents explorent la trilogie allégorique du peintre, de la peinture et du modèle.  Les symboles et l’emboîtement infini des références et des significations y tissent un tapis serré où l’histoire de l'art et une manière de post-modernité ironique s'imbriquent aussi étroitement que la fascination pour cette démarche qui tente de réenchanter la peinture et un vague sentiment de claustrophobie.

Lausanne, Galerie Aparté, jusqu'au 30 mars 1996.

Françoise Jaunin, 24heures, 21.03.1996

 

 

 

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